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La région des Caraïbes est prête pour les transferts monétaires, mais est-ce le cas des acteurs et actrices humanitaires ?

1 juin 2020 — De Lynn Yoshikawa

La saison des ouragans dans l’Atlantique (Caraïbes) commence aujourd’hui, alors que nous faisons toujours face à la crise sans précédent du COVID-19. Lors du lancement de la note d’information « Un vent de changement » du CaLP sur l’utilisation des transferts monétaires dans les Caraïbes, Andria Grosvenor, directrice exécutive adjointe par intérim de la Caribbean Disaster Emergency Management Agency (CDEMA), a annoncé : « La pertinence d’une intervention centrée sur les transferts monétaires dans les Caraïbes est de plus en plus évidente. ». Les infrastructures financières, marchés, capacités locales et systèmes de protection sociale de la région, généralement stables, permettent d’envisager une intensification du recours aux transferts monétaires humanitaires dans cette région. Malgré ces opportunités, un travail de recherche du CaLP a déterminé que leur présence institutionnelle limitée et les complexités souvent sous-estimées des Caraïbes ont déstabilisé les acteurs et actrices humanitaires internationaux/ales.

Dans les Caraïbes, nous ne manquons pas d’opportunités de renforcer l’utilisation des transferts monétaires comme outil principal d’intervention, de récupération et de résilience, tout en atténuant les difficultés présentées par les dons en nature non sollicités d’un public bien intentionné. Des transferts monétaires ont été distribués dans les Caraïbes au moins depuis 2004, après l’ouragan Ivan en Jamaïque, et en 2019, lors de l’intervention en réponse à l’ouragan Dorian aux Bahamas. Les transferts monétaires ont pris de l’ampleur en tant qu’outil de relèvement essentiel dans le cadre de programmes de protection sociale dirigés par le gouvernement et soutenus par le secteur humanitaire dans les Îles Vierges britanniques et en Dominique, après les ouragans Irma et Maria qui ont eu un impact dévastateur (2017).

En 2018, une analyse de ces interventions réalisée par la CDEMA appelait les parties prenantes à « prendre en compte les initiatives centrées sur les transferts monétaires, les coupons et la revitalisation des moyens de subsistance pour promouvoir la durabilité, des impacts positifs sur les cultures et les économies ». En réponse à cet appel, la nouvelle note d’information du CaLP relaie les leçons tirées de réponses précédentes en préparation de la saison 2020, qui pourrait être plus extrême que d’ordinaire.

Cinq leçons à appliquer :

Leçon 1 : Miser sur les capacités locales et rester humble

Les Caraïbes ont des capacités nationales et locales importantes, notamment au sein du personnel du gouvernement, des sociétés nationales de la Croix-Rouge, des clubs Rotary, des groupes confessionnels et d’autres acteurs et actrices de la société civile : investissez dans leur participation !

Contrairement aux acteurs/trices humanitaires internationaux/ales qui ont une empreinte limitée ou inexistante dans la région, les acteurs et actrices locaux/ales ont une compréhension complète et nuancée du contexte, de la culture, des communautés et des dynamiques locales. Les acteurs et actrices du secteur humanitaire international présent-e-s dans les Caraïbes pensent souvent à tort que ce qui fonctionne sur une île fonctionnera sur une autre, sans tenir compte des dynamiques politiques, de l’histoire, des structures de gouvernance, de la langue et de la culture propre à chaque île.

Leçon 2 : Développer les idées tout en renforçant les infrastructures

Les relations sont très importantes dans la région, en partie en raison de sa configuration, de sa faible population (plusieurs États ont une population de quelques dizaines de milliers de personnes seulement) et des liens étroits entre les communautés, dans lesquelles « tout le monde se connaît ». La décision d’étendre la portée de l’assistance implique une acceptation politique et peut rencontrer des obstacles culturels, mais les acteurs et actrices du secteur humanitaire doivent rapidement délaisser leurs initiatives de sensibilisation des partenaires à l’utilisation des transferts monétaires pour soutenir l’institutionnalisation dès la phase de préparation. Il ne s’agit pas simplement d’investir dans le renforcement des compétences au moyen de formations aux transferts monétaires, mais également de mettre en place des accords avec des prestataires de services financiers et de développer des procédures opérationnelles normalisées et des systèmes de distribution de transferts monétaires. En raison de l’intensité croissante des catastrophes causées par le changement climatique, renforcer la résilience des communautés et des institutions au niveau national sera essentiel pour aider les populations affectées, non seulement à se relever après un choc, mais également à aller de l’avant, comme Andria Grosvenor l’a noté avec justesse.

Leçon 3 : Les évaluations de marché humanitaires ne sont pas incontournables pour déterminer la faisabilité des transferts monétaires

Pour déterminer la faisabilité des transferts monétaires dans une intervention, les acteurs/trices humanitaires commencent généralement par des évaluations de marché basées sur des activités de collecte des données à grande échelle. Toutefois, dans la plupart des États caribéens, on trouve des données relativement complètes sur les populations, les conditions socio-économiques, les marchés, les prix des produits de première nécessité et les infrastructures, ce qui oblige à remettre en question l’utilité d’évaluations exhaustives des marchés humanitaires, ou tout du moins à reconnaître qu’il ne s’agit pas d’un moyen efficace d’utiliser des ressources limitées. Malgré la configuration des îles (mais aussi en raison de cette configuration), il existe une forte interdépendance au niveau des flux de marchandises entre les îles, ce qui est l’une des priorités des gouvernements en termes d’intervention dans la région lorsqu’une catastrophe perturbe les chaînes d’approvisionnement.

Leçon 4 : Il n’existe aucun prestataire de services financiers « universel »

Recourir aux acteurs et actrices locaux/ales peut être difficile au moment de choisir des prestataires de services financiers, dont la pertinence doit être évaluée pour chaque île, en raison de réglementations financières nationales différentes. Les acteurs et actrices humanitaires internationaux/ales ont donc les options suivantes :

  • Utiliser un prestataire de services financiers de portée mondiale ou régionale onéreux mais capable d’agir relativement vite
  • Utiliser un prestataire de services financiers national (souvent une banque), ce qui peut prendre du temps mais constitue une option rentable
  • Travailler dans le cadre de systèmes de transferts gouvernementaux en prenant le temps de créer des partenariats efficaces
  • Utiliser les paiements en espèces, bien que cette option ne soit pas souvent choisie en raison de la disponibilité d’options de transferts monétaires numériques et de besoins spécifiques en traçabilité

Les diverses options de mise en œuvre donnent à toutes les parties prenantes (gouvernements, acteurs et actrices des interventions aux niveaux local et international, bailleurs) l’opportunité de réfléchir aux compromis qu’implique chaque mécanisme et d’assurer une forte complémentarité entre une réponse et un relèvement rapides et des interventions axées sur la résilience.

Leçon 5 : Ne pas faire de laissé·e·s-pour-compte

L’exclusion de migrant-e-s, réfugié-e-s et autres groupes marginalisés et en situation irrégulière est une problématique humanitaire importante dans les Caraïbes. Les migrant-e-s haïtien-ne-s et les personnes apatrides, ainsi que la population croissante de Vénézuélien-ne-s dans les Caraïbes, font partie des groupes vers lesquels les organisations humanitaires ont eu des difficultés à acheminer l’assistance lors des récentes interventions en réponse à des ouragans. Pourtant, ce sont souvent les groupes les plus durement touchés. Pendant cette période de transition visant à rendre les gouvernements et les systèmes d’intervention plus réactifs aux chocs, les acteurs et actrices humanitaires ont la responsabilité d’effectuer un plaidoyer à l’attention des gouvernements pour que les populations vulnérables soient incluses dans les interventions humanitaires et que leurs besoins spécifiques soient satisfaits.

Les complexités propres à la région des Caraïbes rendent nécessaire l’adoption d’une nouvelle approche humanitaire, qui permette de renforcer le « nexus » ainsi que les capacités et systèmes locales/aux, en restant axée sur l’inclusion, deux thèmes transversaux dans le secteur humanitaire. Beaucoup de ces leçons ne s’appliquent pas uniquement aux transferts monétaires et soulignent la nécessité de préparer les interventions rigoureusement, en travaillant avec les acteurs et actrices du pays et de la région et en utilisant les processus pertinents. La région des Caraïbes est prête pour une intensification du recours aux transferts monétaires. Étant donné la quantité relativement limitée de données probantes portant sur ce contexte, il est essentiel que les parties prenantes partagent leurs apprentissages et collaborent afin de permettre aux populations affectées d’accéder aux ressources financières nécessaires pour se relever et devenir résilientes, en toute dignité.