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Le lien entre la protection sociale et les transferts monétaires humanitaires

15 mai 2020 — De Paul Harvey, Daniel Longhurst, Rachel Sabates-Wheeler et Rachel Slater

L’utilité de la protection sociale pour les personnes ayant fait face à des chocs n’a jamais été aussi claire et évidente que lors de la crise actuelle de la COVID-19. Ces problématiques se développent sous nos yeux, alors que les gouvernements, les bailleurs et les organisations humanitaires s’efforcent de trouver des moyens de renforcer l’aide et sa portée, afin de faire face aux conséquences économiques de l’épidémie et du confinement. Le virus commençant à se propager dans des zones de guerre, des camps de réfugié-e-s et les pays les plus pauvres du monde, nous ne pouvons ignorer les limites actuelles de l’aide sociale et le rôle essentiel des organisations humanitaires internationales dans des lieux comme la République centrafricaine et l’Afghanistan.

De plus en plus de voix s’élèvent pour affirmer la nécessité de rendre la protection sociale plus réactive aux chocs et de l’intégrer davantage aux interventions humanitaires. De nombreux pays sont en train d’acquérir une expérience riche en la matière, notamment la Turquie, le Yémen, les Philippines, le Sahel et les Caraïbes. Des fondements théoriques étayés par des cadres logiques montrent également comment la protection sociale peut nous aider à mieux répondre aux chocs si elle est renforcée (en augmentant les aides offertes aux personnes bénéficiant déjà de régimes de protection sociale) et élargie (en étendant la couverture à plus de monde), et de bien d’autres manières, par exemple en associant cette aide à des systèmes déjà en place.

Pourquoi est-il difficile d’établir ce lien ?

Le débat sur l’association des initiatives de transferts monétaires humanitaires et des programmes de protection sociale existe depuis longtemps et ses termes ont fortement évolué. Le secteur est passé de l’aide au développement à l’approche en nexus, en passant par les concepts de continuum et de résilience. Des voix ont invité à une meilleure coopération entre les acteurs et actrices des secteurs humanitaires et du développement, les pays touchés par une catastrophe et la société civile. Ce débat est marqué par l’hypothèse sous-jacente que relier ces deux types d’aide aurait des effets bénéfiques et serait chose aisée si les acteurs et actrices de l’aide humanitaire et du développement communiquaient davantage. Si tel est le cas, pourquoi est-il si difficile d’en faire une réalité ? Les études à ce sujet ont tendance à omettre les différences fondamentales entre principes, approches et méthodes de travail qui ont freiné les progrès en la matière.

L’une des différences les plus claires réside dans la divergence de points de vue à propos du rôle de l’État. Pour intégrer la protection sociale au secteur du développement, les acteurs et actrices internationaux/ales doivent aider les États à intégrer la fourniture d’une assistance à tou-te-s leurs citoyen-ne-s à leur contrat social. L’action humanitaire se veut indépendante des États et se voit comme un mécanisme de dernier recours, lorsque l’État est dépassé ou qu’il est parti au conflit. Pour déterminer s’il est souhaitable de créer un pont entre la protection sociale et les transferts monétaires humanitaires, et le cas échéant, sous quelle forme, il est plus approprié de réfléchir aux conséquences de ces différences sur l’équilibre entre développement et action humanitaire en divers endroits.

S’éloigner des questions techniques

Toutes ces interrogations s’appliquent également aux besoins en termes de formation et de développement des capacités. Ce blog se base sur un examen des lacunes en matière de formation sur le lien entre protection sociale et transferts monétaires humanitaires effectué pour le CaLP. La COVID-19 a attiré l’attention sur les besoins en la matière et l’ampleur de la tâche.

La formation est souvent considérée d’un point de vue technique. Par exemple, on cherche à former les acteurs et actrices de la protection sociale à davantage prendre en compte les risques, et les acteurs et actrices du secteur humanitaire à œuvrer pour une aide sociale à plus long terme. Implicitement, la théorie du changement veut que, si nous donnons à tout le personnel des connaissances et compétences techniques pertinentes, la protection sociale sera nécessairement plus réactive aux chocs. Ces compétences techniques peuvent s’avérer utiles, mais elles ne font pas tout, à moins d’aborder les divergences d’approches de manière frontale et de se mobiliser politiquement dans les contextes fragiles et affectés par des conflits. Les organisations humanitaires ont besoin de compétences pour prendre en charge une quantité de dilemmes :

  • L’aide sociale doit-elle être neutre, impartiale et indépendante dans les contextes marqués par des conflits ? Les acteurs et actrices humanitaires peuvent-ils respecter leur engagement envers les principes humanitaires tout en travaillant avec les structures d’aide sociale gouvernementales ? Les actrices et acteurs du développement tel-le-s que la Banque mondiale devraient-elles/ils adhérer aux principes humanitaires ?
  • Est-il possible d’associer protection sociale et transferts monétaires humanitaires dans les lieux qui échappent au contrôle des gouvernements ? Cela impliquerait-il pour les acteurs et actrices humanitaires internationaux de travailler avec des groupes armés non étatiques ? Est-ce faisable, compte tenu des législations antiterroristes en vigueur ?
  • Dans des pays comme la Jordanie, le Liban et l’Ouganda, comment les organisations humanitaires peuvent-elles convaincre le gouvernement d’inclure les réfugié-e-s dans les systèmes nationaux et les y aider ?

Répondre à ces questionnements ne tient pas simplement à des solutions d’ordre technique. Aucune formation ne peut donner la bonne réponse. Les acteurs et actrices du secteur doivent donc disposer des cadres logiques éthiques et des compétences analytiques nécessaires pour prendre des choix éclairés sur la marche à suivre. Et ce, à plus forte raison pendant la crise de la COVID-19. Face à la propagation du virus en Afghanistan, dans les camps de réfugié-e-s et dans les zones occupées de Syrie, comment prendre les populations en charge ?

Quelques problématiques techniques clés compliquent encore la situation. Par exemple, il serait bon de réfléchir au bon équilibre entre mesures de protection sociale réactives aux chocs et institutions répondant aux situations d’urgence. Pour certains États, la solution serait-elle de centrer les efforts sur une aide sociale simple et centrée sur le long terme et de travailler avec plusieurs systèmes de gestion des urgences ?

La crise de la COVID-19 met en évidence la responsabilité fondamentale qu’ont les gouvernements à l’échelle nationale, en termes de réponse. Le CaLP, comme d’autres acteurs et actrices, peut jouer un rôle important dans la formation, le mentorat, les discussions et la coordination qui permettront aux organisations de développement et humanitaires de relever ce défi.

 

Photo: Enayatullah Azad/NRC